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LES ACCIDENTS DE TRAINS EN CARTES POSTALES

en France depuis 1842


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Année 1842

23 avril, Déraillement de Meudon (92) : 3 cartes

C’était un dimanche, jour de grandes eaux ; le chemin de fer avait déversé une foule énorme sur Versailles ; cette foule commençait à rentrer à Paris. Les trains bondés de voyageurs, se succédaient chaque demi-heure. Celui qui quitta Versailles à 5 h ½ contenait environ cinq cents personnes et se composait le dix huit wagons dont deux découverts, trois diligences, nom donné alors aux voitures de lère classe, et treize wagons de 2ème classe. Il était remorqué par deux locomotives placées en tête, à la suite l'une de l'autre ; d’abord une petite locomotive à quatre roues, la Mathieu-Murray, puis une plus grande à six roues.

La Mathieu-Murray était une jeune locomotive n'ayant encore parcouru que 25 000 kilomètres depuis sa naissance. Elle n'avait fait que six voyages ce jour-là et s'était reposée entre chacun d'eux. La vitesse du train pouvait être de 40 kilomètres à l'heure.

A la tranchée de Bellevue, A six heures moins le quart, l'essieu antérieur de la petite locomotive, se rompit à ses deux extrémités, et tomba sur la voie entre les deux lignes de rails. Les deux roues de devant, maintenues seulement par les boites à graisse, s'échappèrent bientôt. La locomotive, privée de son essieu, chemina pendant 60 mètres, et vint alors frapper le talus de la  tranchée au fond de laquelle le chemin de fer est encaissé.

Le tender de la petite locomotive fut broyé par le choc, la grande locomotive venait ensuite, renversée sur la route et son tender brisé. Les cinq premières voitures occupées par des voyageurs vinrent successivement se précipiter sur les locomotives renversées et montèrent dessus en se brisant à leur tour. En même temps, les morceaux de coke enflammé qui étaient sur les grilles se trouvèrent lancés au milieu des voitures qui prirent feu. Les malheureux voyageurs, enfermés à clef dans les wagons suivant l'usage d'alors, poussaient des gémissements affreux, se sentant brûlés vifs, et il était bien difficile de les secourir. Le feu fit son œuvre avec une rapidité telle qu'une des voitures fut consumée en moins d’un quart d'heure. Quand on put retirer les cadavres, ils étaient carbonisés et méconnaissables. Il y eut quarante-trois morts, auxquels il faut ajouter neuf blessés qui  succombèrent en l'espace de quelques jours. Les blessés qui conservèrent la vie furent en très  grand nombre.

Parmi les morts, il faut citer le  contre-amiral. Dumont d'Urville, sa femme et son fils âgé de quatorze ans. Ce brave marin avait commandé deux expéditions de circumnavigation, pendant

lesquelles il avait affronté des dangers de toute sorte ; il vint périr misérablement dans une excursion de quelques lieues faite pour son plaisir.

Aujourd'hui, les voyageurs ne sont plus enfermés dans les wagons; on ne fait plus usage de locomotives à quatre roues et dans les locomotives à six ou huit roues, la rupture d'un essieu ne peut plus avoir les mêmes conséquences que dans  une machine  à quatre roues. On n'accouple plus que rarement deux locomotives pour conduire un train. La vérification des essieux est devenue si fréquente, et leur qualité est telle, que leur rupture est fort peu probable.

L'accident du 8 mai 1842, qui s'est produit tout au début de l'exploitation des chemins de fer en France, n'est plus possible dans les conditions actuelles.

 

 

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